Journal intime d’un accident domestique ressenti comme un drame familial…

Mardi 3 février 2015 :

Ce soir je me sens comme la pire mère que la terre ai porté. Mon fils, ma chair, mon sang, toi qui me fait vivre au quotidien, je n’ai pas su te protéger, pire, ce soir, je t’ai blessé.
Ce soir je n’ai pas su appliquer tous les principes de précautions qu’un parent d’un enfant de 2 ans doit avoir au quotidien.
Ce soir, j’ai viré le chat du salon, chat que tu embêtais depuis un bon moment et qui, bien que gentil, commençait à perdre patience.
Ce soir, j’ai voulu éviter le mal entre le chat et toi et j’ai réalisé le pire.

Ce soir, j’ai isolé le chat dans l’autre partie de la maison pour que chacun se calme de son côté avant d’aller au lit.
Mais ce soir, tu étais derrière moi, je ne le savais pas. Tu as glissé tes petits doigts dans l’encadrement de la porte que l’on ne ferme JAMAIS, et j’ai fermé. D’un coup. Fort.
Tu n’as rien dit.
Puis j’ai reculé et je t’ai vu. J’ai compris. Tu m’as dit « bobo ». J’ai regardé ta main, tes doigts étaient dans la porte. Fermée.
J’ai ouvert d’un seul coup, je t’ai enlevé la main. Et j’ai vu…
Tout ça n’a pris que quelques fractions de seconde et pourtant. Le mal était fait.
Quand j’ai enlevé ta main, je n’ai pas vu tout de suite. Tu couinais un peu, tu commençais à pleurer, mais rien de plus que d’habitude.
Puis j’ai vu le sang se répandre partout. Sur tes mains, les miennes, le sol, tes vêtements.
Je t’ai attrapé, et ai couru a la salle de bain puis t’ai mis la main sous l’eau.
J’ai vu les dégâts que je venais de faire.
Ton doigt, coupé a son extrémité, a la base de l’ongle.

Sous l’effet de l’eau, le sang coulait, coulait, coulait et l’ongle s’est soulevé.
J’ai attrapé mon téléphone sur le canapé et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’ai appelé les pompiers.
J’ai recommencé à faire couler l’eau sur ta main puis le pompier au téléphone m’a dit d’arrêter et de te l’emballer dans un linge propre et serré. Je ne pouvais m’empêcher de voir ton bout de doigt se soulever. J’avais tellement peur qu’il parte dans le siphon.
Je pleurais. Tu pleurais. J’étais en panique et tu souffrais.
J’ai raccroché et j’ai appelé ton papa pour le prévenir de rentrer tout de suite.
En attendant les pompiers, tu es resté calme en pleurant à peine et en répétant « a coincé porte ».
Tu as bu le reste de ton biberon et les pompiers sont arrivés aussitôt.
Ils t’ont intrigué puis t’ont examiné et ont appelé tout de suite un hôpital pour une prise en charge. Tu as été très sage et tu t’es laissé faire pendant que je pleurais encore et encore.
Ton papa est arrivé et nous avons préparé tes affaires pour partir à l’hôpital.

Tu es monté dans le camion de pompiers un peu fier.
Si seulement tu savais comme je m’en veux. J’aurai aimé que tu découvres l’intérieur en simple visite ou qu’on s’en tienne au camion de pompiers du manège!
Déjà tu ne pleurais plus et une fois à l’hôpital, tu étais attristé par tous les bébés qui pleuraient plutôt que pas ton triste sort. Mon fils, ton cœur est déjà si grand.
Nous t’avons accompagné pour tous les examens, puis le verdict est tombé : tu seras opéré demain matin et tu auras un traitement antibiotique car l’os est un peu touché.
Je suis effondrée et toi, tu joues, tu cherches les pompiers, tu cours dans les couloirs et discutes avec tout le monde.
Je suis si fière de toi mon fils et si honteuse de ma malveillance.

Ce soir, je reste avec toi à l’hôpital et tu dors enfin dans ce petit lit à barreaux verts et je te veille à côté.
Les larmes coulent à n’en plus finir. Il est 2h du matin et je ne trouve pas le sommeil.
Mon fils, mon bébé, mon tout-petit, pardonne-moi, car jamais je n’aurai la force de me le pardonner à moi-même.

Après quelques heures de sommeil léger entrecoupé par tes petits cris (de douleur ou de rêve?), par les hurlements des autres enfants du service, par les cauchemars que je fais le peu de temps ou je ferme les yeux, j’émerge peu à peu sur le fauteuil à coté de ton lit.
Il est 7h45, je tourne déjà en rond dans la chambre où tu ronfles encore… On vient me proposer un petit déjeuner mais non seulement je ne peux rien avaler mais en plus tu dois être à jeun pour l’opération, je ne me vois pas manger devant toi, endormi ou non.
Ton papa arrive un peu avant 9h puis le chirurgien aussi. Elle parle tellement fort en entrant qu’elle te réveille mais tu restes calme et tu écoutes tout le monde. Elle nous explique la procédure et nous écoutons attentivement.
Tu joues jusqu’à l’heure de la douche désinfectante puis tu patientes gentiment jusqu’à l’heure de partir au bloc à midi.
A 12h15 nous te laissons au bloc entre les mains des médecins. Tu leur tends les bras et ne pleure pas. Moi si! Nous patientons 1h15 dans la salle d’attente puis on vient me chercher pour rester avec toi dans la salle de réveil. Tu chougnes, tu grognes. On me demande si c’est à ton habitude et pas du tout! Tu es toujours de bonne humeur au réveil. Je te prends dans mes bras et tout va mieux, tu es calme et apaisé. Tu auras finalement assez bien supporté les anesthésies, locale et générale et n’auras pas été intubé, mon inquiétude. Il n’y aura probablement pas de séquelles…
45 minutes plus tard, nous rentrons dans ta chambre où tu feras une sieste un moment plus tard.
A ton réveil, un goûter et quelques longues minutes à patienter puis nous avons le feu vert pour rentrer.

Il est 18h45, nous quittons l’hôpital Femme-Mère-Enfant de Bron où je remercie chacun pour ta prise en charge rapide et efficace et surtout humaine! De retour à la maison, tu es le même petit garçon que la veille, avec une main dans un immense pansement t’empêchant ainsi de jouer à quasiment tout mais ta bonne humeur ne disparait pas pour autant…

Mais ce soir, j’ai toujours aussi mal au coeur et ma culpabilité est toujours immense, peut être que l’écrire m’aidera à accepter ce qui m’a été répété maintes fois aujourd’hui : ça arrive tous les jours, à tout le monde!

J’ai tant de mal à accepter de t’avoir fait souffrir mon Ptitchat.

Pardonne-moi mon fils car je ne pourrai jamais me le pardonner moi-même…

 

***Billet écrit à moitié dans une chambre d’hôpital, à moitié à la maison sur un canapé, noyée parmi des mouchoirs humides sans lien, sans caractère gras ni couleur,sans même me relire, juste tel quel dans ma tête, dans mon coeur.
Aurai-je l’audace de le publier évitant ainsi de répondre à toutes les questions des curieux du fait divers, essayant de me « consoler » en vain. Bien que l’intention est bonne, il est pour l’instant complètement impossible pour moi de relativiser… Tout jugement ou conseil est prié de se diriger directement dans le c*l de la personne l’avisant, merci!***

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