J’écris assez peu en ce moment. Il me faut l’avouer, je manque de temps, d’énergie, de motivation, peut être aussi d’un peu de moral. Voilà la 3ème semaine consécutive que Mr Papa est en déplacement du lundi au jeudi soir et même si mes parents me sont d’un immense soutien, ça n’est pas évident tous les jours d’être une maman solo, autant pour moi, pour Ptitchat, pour Mr Papa que pour mes parents qui assurent les horaires tardives jusqu’à mon retour du travail.

Ils sont des grand-parents extraordinaires pour mon chaton d’amour, qui le leur rend bien. Ils sont les seuls à ne pas connaître les caprices de cet asticot de « deuyans » et pour cause, il a tout ce qu’il veut avant même qu’il daigne entamer une séance de chouine… Ah les grand-parents, heureusement qu’ils sont là!

C’était d’ailleurs une inquiétude énorme quand je suis tombée enceinte en 2012. Je ne savais pas quelle place ils prendraient dans la vie de leur petit fils. Je ne savais pas non plus quelle place je leur laisserai. Et pour cause, des grand-parents, je n’en ai pas vraiment vu la couleur dans ma vie.

 

Mon grand-père paternel est décédé quand mon père n’avait que 18 ans, soit 12 ans avant ma propre naissance. Ma grand-mère maternelle nous a quitté quand j’avais à peine 3-4 ans, la maladie l’ayant attrapé vite, elle n’a pas eu le temps ni l’envie de s’attacher à ses petits-enfants, autres que mon grand frère qu’elle a connu bien plus longtemps. Puis en 2013, mon grand-père maternel est décédé aussi. Mais je n’avais plus aucune relation avec lui depuis bien longtemps, j’ignore même s’il a su un jour qu’il avait un arrière-petit-fils. Quoiqu’il en soit, j’ai préféré préserver mon tout-petit d’une présence inutile, éphémère et néfaste.

Quant à ma grand-mère paternelle, elle était, jusqu’à il y a moins de 10 jours, le dernier de mes grand-parents encore vivant. Mais c’est terminé. La vie a mis fin à des années de souffrance physique et morale. Elle était atteinte de démence sénile (aussi assimilée à la maladie d’Alzheimer). Voilà plus de 15 ans qu’elle ne me reconnaissait pas, qu’elle ignorait qui je suis et me vouvoyait les très rares fois où j’avais le courage et l’envie de la voir. Pour ses 85 ans, je suis allée à la maison de retraite lui présenter son arrière-petit-fil, mon fils qui fêtait ses 2 mois. Bien sûr elle l’a trouvé très beau, bien sûr elle l’a observé et a demandé comment il s’appelait, puis qui il était pour elle, elle m’a posé des questions auxquelles j’ai répondu du mieux possible. Puis elle m’a redemandé qui j’étais, puis qui était ce bébé, encore et encore et encore… Ceux qui connaissent cette maladie savent combien c’est difficile de vivre un quotidien de la sorte.

Vendredi, nous avons été à ses funérailles (sans mon fils, sa place était mieux auprès de ses autres grand-parents) et l’émotion était à son comble, tant pour mon père qui perd sa mère, que pour nous, mon frère et moi, qui finalement n’avons connu quasiment nulle part l’amour de nos grand-parents. Je n’ai pas pleuré pour son décès car je pense que dans ces circonstances, il était temps de la soulager, mais j’ai pleuré de douleur. La douleur que ressent mon père, la douleur de constater que quelque chose a raté dans ma vie, le douleur de me dire que j’ai manqué de l’amour de grand-parents mais que c’est trop tard, rien ne peut rattraper ce manque, pas même l’amour exacerbé d’autres personnes…

 

Désormais, la boucle est bouclée. Je n’ai plus de grand-parents, si tant est que j’en ai eu dans ma vie, mais au moins sur le papier… Je ne connais rien de leur histoire, moi pourtant si curieuse en tout.

Désormais, la boucle est bouclée et une nouvelle boucle s’ouvre laissant la place à mes propres parents, les grand-parents de Ptitchat, venir sur la ligne de front. Selon la théorie de la vie, ils seront les prochains à nous quitter, la théorie seulement… Comme pour tout un chacun, c’est un sentiment très angoissant. On aimerait garder nos parents près de nous, On aimerait qu’ils prennent soin de nous mais surtout de nos enfants encore très très longtemps. Alors bien sûr, ils ne sont pas à l’article de la mort, ils vont bien (ou presque!) et ils sont jeunes (si, si!!) et surtout, ils ont encore tellement à découvrir de la vie : leurs autres futurs-petits-enfants (frangin, au boulot!), nos autres aventures et encore plein d’heures de garde et de jeux aussi fous les uns que les autres à venir (on ne va pas se mentir, c’est moins cher que la nounou, plus conciliant et tellement plus tendre et joyeux!).

Aujourd’hui, je n’ai plus de grand-parents mais Ptitchat en a (beaucoup) qui l’aime plus que tout au monde et qui font tout, au quotidien, pour qu’il s’épanouisse et devienne un grand garçon, un bel homme (pas trop vite sitopè).

Alors oui, en ce moment, j’écris peu, je n’écris pas forcément bien, mais je vis ma vie réelle avant de vivre une vie virtuelle, et surtout, avant qu’il ne soit trop tard, car quand la boucle est bouclée, alors c’est terminé.

 

Aux meilleurs grand-parents que la Terre ait jamais porté, je vous aime tant…

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